• sechat64

Pas besoin de dictionnaire pour ressentir le langage de l’art.

L’art est une invitation à la communication universelle.




Il est parfois inutile de chercher à comprendre, il faut écouter ou seulement se laisser envouter par l’intensité d’un regard, partir en voyage à travers les lignes, les formes, les couleurs sans chercher à analyser.




L’art ne nécessite pas un savoir particulier : il faut oser, se laisser emporter, s’abandonner.

Les artistes invitent à un moment de vie que nous pouvons partager, quels que soient nos valeurs, nos origines, notre handicap.



C’est justement la singularité de chaque être humain sur laquelle se fonde l’expression artistique. Parlant des langues étrangères nous pouvons ressentir les mêmes émotions face à une œuvre artistique.





L’art, ce langage universel qui unit ceux, qui l’espace d’un instant, rêvent ensemble. Alors une question : Faut-il avoir accès aux œuvres d’art pour parler ce langage universel ?


Faisons un petit jeu récréatif : n’avez-vous jamais essayé cette petite expérience d’observer un tableau vivant que la nature nous offre et d’en devenir un des éléments ?

(expérience avec des participants du congrès sourds ou malvoyants à Hammamet)


Vous qui habitez au bord de mer, avez-vous joué à quelle vague êtes-vous ?


On peut voir la petite vaguelette du timide, du délicat; fine sans bruit, elle reste au large se laissant glisser à la surface de l’eau.

Et puis il y a la joyeuse plus conviviale. Elle a besoin de se sentir entourée d’autres vagues pour bavarder, rire. Elle n’est toujours en mouvement, elle va elle vient, elle cherche à se faire entendre.


Mais voici que la solitaire arrive. Plus retenue, elle se gonfle pour aller effleurer les premiers rochers sans s’approcher de trop près du rivage.


Lorsque la coléreuse chargée d’angoisse et de fureur gronde au large s’approchant dans un jet d’écume bouillonnant. Elle est désabusée car si on l’entend se fracasser sur le rivage, on ne peut rien faire pour retenir ses larmes blanches.


On peut les distinguer grâce à leur odeur. On la trouve salée parfois piquante de sulfure de diméthyle, émis lors de décomposition d’algues déposées par les marées. Il arrive qu’on dise qu’elle sent le chou à la cuisson. Mais c’est aussi l’odeur agréable du large, celle de la chaleur qui rappelle les vacances.


Les émotions telles que la joie, la peur, le dégoût, la tristesse, la colère ou la honte sont communes à tout être humain. Elles provoquent des sensations bonnes ou mauvaises.


Je suis l’une de ces vagues et toi : tu es laquelle ?


On se trouve étonné de constater qu’un malvoyant peut entendre et ressentir ce qu’un sourd a vu, mais n'a pas entendu. Quant au ' normal', il sera forcé de constater qu’il n’avait pas tout vu ni tout entendu, ni tout ressenti.


Chacun peut voir sa vague, mais c’est toujours la mer qui reste fidèle jusqu’à l’horizon.



Si l’on considère que le point de départ est la curiosité de voir , de comprendre , d’appréhender l’objet. Le musée devient une clé pour ouvrir un échange, un partage entre humain appartenant ou n’appartenant pas au même groupe .


Une œuvre d’art va enrichir notre développement intérieur par le plaisir que nous avons de l’approcher, de l’apprivoiser , de lui donner un sens , une anecdote mais également par la relation que nous allons pouvoir établir avec l’autre, celui qui comme nous se trouve face au même objet . Et de constater que l’objet n’appartiendra ni l’un ni à l’autre . Il est d’abord les yeux de l’homme ou de l’artiste qui l’a conçu .

L’art permet de ressentir ce langage universel dont les sourds sont maîtres. La surdité amène à un accès de la langue signée qui utilise l’espace et la gestuelle pour une réception visuelle englobant l’objet et son environnement. Une personne sourde comprendra et aimera plus facilement une œuvre abstraite. La vue jouant un rôle d’outil d’apprentissage du monde extérieur. La vue comme mode à penser.



Extrait d’une conférence sur la Médiation Culturelle lors du congrès sur le droit au sport et à la culture des personnes handicapées.Hammamet 17 octobre 2017. Sylvie Bauche -Présidente de la CAT's France.(Children‘s Alliance for Tradition and Social Engagement)


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