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L'arrivée de la Sainte Famille en Egypte.



Des écrits retrouvés par Aynalem , un jeune éthiopien du XIII ème siècle, entraine le lecteur dans les aventures bibliques exceptionnelles. Le papyrus de Joseph raconte leur périple qui a commencé par leur entrée en Egypte le 24 du mois copte de Bashons. En ce début du mois de juin, l'Egypte célèbre cette événement par de belles fêtes . Dans son livre' LA LAMPE CACHEE DU NIL', l'auteure laisse la parole à Joseph .Moments d'émotions pour une famille de réfugiés que de poser leurs pieds à Al Arich. Extrait page 271.




El Arish, 10 du mois de Mesore.


En ce jour béni que Dieu, notre Père, nous accorde la paix en cette terre d’Égypte. Que les anges qui nous accompagnent soient également bénis par Dieu.

Moi, Joseph le charpentier de Nazareth, j’ai pris la décision d’écrire notre histoire chaque fois que cela me sera permis en accord avec la parole que je donnai aux trois mages Balthazar, Gaspard et Melchior, à Bethléem lorsqu’ils vinrent rendre hommage à notre Enfant Jésus.

Tout à commencer alors que je venais de me fiancer avec Marie qui me révéla un secret. Lorsqu’un ange est venu me dire que je devais la garder auprès de moi. Je me suis souvent demandé pourquoi le Père m’avait désigné pour prendre sous ma protection cette jeune femme délicate et pleine d’amour pour le Père. Je l’ai prise en ma demeure et j’ai obéi au commandement qui m’avait été ordonné.

Une nuit, une fois de plus, l’ange est venu me visiter dans un songe me mettant en garde contre les atrocités qu’Hérode envisageait de commettre. L’ange m’a demandé de fuir avec l’enfant et sa mère en Égypte. Mais qui suis-je ? Je suis père sans avoir procréé, je reçois des messages du Père par l’intermédiaire d’un ange, ma femme est exceptionnelle dans une attitude plus que parfaite. Dieu m’a-t-il désigné pour être un passeur entre lui et cet enfant du secret ?

Marie n’a rien dit lorsque je l’ai réveillé lui demandant de partir sans préparation, sans bruit, sans prendre le temps d’en discuter. Elle enveloppa l’enfant dans ses bras trouvant une force invisible soulevant son corps, son cœur et son âme meurtrie. Pendant que Salomé qui l’avait aidé pour accoucher, ramassait quelques provisions qu’elle chargea sur l’âne. Puis nous avons pris la route, notre courage à deux mains tant la douleur d’abandonner notre maison était dure.

Blessé par l’adversité, on ne peut imaginer à quel point une douleur venue du cœur peut se transformer en coup de poing ressenti dans tous les os jusqu’au bout des pieds. La peur tenaille les entrailles empêchant toute logique aux gestes. Mais quel sursaut avons-nous conçu ? Une force invisible nous guida. C’est grâce à cet élan que nous avons fui face au danger. Je reste convaincu du bon choix que j’ai fait, car celui-ci était juste. Dans l’ombre, je fus éclairé par une nuée qui m’a permis d’agir vite, nul ne nous a suivis !

Nous avons progressé jusqu’à Hébron puis après avoir traversé la Judée nous avons rejoint la route côtière afin de descendre sur Gaza. Salomé connaissait un chemin, car elle s’était déjà rendue en Égypte. Cependant, il nous a fallu souvent nous cacher des Romains qui circulent mieux que les Bédouins sur les pistes des déserts. C’est à croire qu’ils ont des cartes précises qui leur indiquent les points d’eau ainsi que les emplacements des comptoirs commerciaux encerclés de fortification dont certains sont des postes-frontière que nous voulions éviter. La chaleur pesante des étendues arides ralentit notre avancée. Salomé portait notre enfant recouvert d’un linge pour le protéger du soleil. Quant à Marie, elle s’avançait d’un pas résolu sans jamais se plaindre, mais la fatigue l’obligeait à plier le torse rendant sa marche lourde et pénible. C’est alors que nous dûmes faire un détour afin d’éviter le puits maudit par Moïse tant il attira les marchands qui se firent massacrer par les Bédouins Shosou. La chaleur et l’accablement brûlaient nos corps qui n’arrivaient plus à se mouvoir dans le sable qui semblait vouloir nous avaler et nous allions manquer d’eau. Il nous restait encore de longs jours à marcher dans ce silence étouffant et je ne voyais pas comment s’en sortir. Je me souviens d’avoir soupiré en regardant l’enfant qui souriait de cette innocence réconfortante. Puis soudain comme par enchantement relevant la tête nous aperçûmes la plaine qui menait à l’Égypte. Remplis de joie et d’allégresse, sans comprendre comment cela était possible, nous étions arrivés à El Arich le 24 du mois de Bashens. Marie me regarda et embrassa l’enfant. Nous ne nous sommes pas posé de question."


Aynalem arrêta la lecture, enroula les papyri dans le linge pour éviter de les froisser. Il se faisait tard et le feu s’était éteint. Il se leva et dit : « Ouma, je suis si ému que je ne peux pas continuer. Nous devrions aller nous coucher, mais avant prions de cette grâce que Dieu nous accorde. Ce témoignage pénètre mon cœur d’une telle force. Et si Joseph ne se pose pas de questions, moi je me demande comment ils ont pu se déplacer si vite.

— Osée l’avait prédit : « Voici le seigneur monté sur un nuage rapide. Il vient en Égypte ». C’est Jésus qui a entendu le soupir de Joseph et les a fait voyager sur une nuée. Ainsi, c’est accompli la prophétie. »

Ouma Descheret partit rejoindre sa cellule pour s’y reposer. ....


Continuons la lecture.Les voici à el Arich.Extrait page 276. Aynalem fait la lecture à une mère du désert , Ouma Descheret.



... Alors d’un ton solennel, il reprit la lecture du papyrus de Saint-Joseph avec en tête le Psaume soixante et onze « Mon Dieu délivre-moi de la main de l’impie, de la poigne du scélérat et du forcené, car tu es mon espérance, Seigneur Yahweh ».



El Arish, le 22 du mois de Mesore.


Nous trouvâmes refuge dans une crique sableuse abritée des vents. La petite plage semblait suspendue entre deux palmiers appuyés chacun contre la paroi d’une falaise. Nous y installâmes notre campement pour la nuit. Le roulis des vagues sur les galets apportait une odeur forte et vivifiante qui nous éclaboussait le visage. Marie et Salomé voulurent mettre leurs pieds dans l’eau, mais celle-ci était froide. Cela provoqua des éclats de voix qui me réchauffèrent le cœur. Il y avait si longtemps que je n’avais pas entendu rire mon épouse. Même l’enfant que je tenais dans mes bras s’agitait à la vue de sa mère heureuse. Après ce bain de mer, je décidai de me rendre dans le village tout seul, afin de ne pas attirer l’attention. Mais tout se passa bien, car c’est ici un lieu de passage. Les gens sont habitués à croiser des étrangers longeant la côte, venant de Byblos ou d’Ougarit. Je cherchai un travail qui pourrait me permettre de gagner de quoi faire quelques provisions. En ces périodes de trouble, la monnaie de bronze d’Octavien n’avait pas beaucoup de valeur. Je ressentis du découragement et la pauvreté dans les rues. Il me fallait obtenir la confiance des habitants pour connaître un chemin afin de nous rapprocher de Péluse sans attirer l’attention. Mon métier de charpentier me permit de rendre quelques simples services comme réparer une cuve pour entreposer le blé ainsi que du petit mobilier de bois. En échange, on m’offrit des légumes et du poisson. Il était important que je trouve un abri convenable à ma famille. C’est alors qu’un homme du nom de Houni vint se présenter à moi me demandant si j’accepterai de travailler pour le temple d’Atoum. L’individu avait un doux visage, quoique ridé, dénonçant son âge ; de taille moyenne, il portait un long pagne qui lui couvrait les reins jusqu’aux chevilles. En plus du travail, il me proposa un logement simple, mais convenable où ma famille pourrait s’installer. Drôle de façon de commencer une nouvelle vie dans un pays étranger que d’avoir à venir en aide à un dieu païen !

Durant plusieurs jours, nous nous sommes accommodés à demeurer dans un logement du temple. L’ouvrage ne manquait pas et les heures passaient vite, car Houni était un prêtre ayant la nostalgie des temps anciens. D’ailleurs, le temple était majestueusement planté sur un tell dominant El Arish, entouré d’une haute muraille visible des étrangers arrivant par mer ou par terre. Houni venait me voir pendant mon travail, me racontant ces histoires que l’on transporte par messager pour glorifier la grandeur de l’Égypte. Le sanctuaire était dédié au dieu Atoum créateur de tous les autres dieux principaux. Mais également à Iaret le cobra royal qui ornait le front de pharaon. Ainsi le roi Nectanebo qui avait bâti ce sanctuaire voulait que les étrangers sachent que la terre sacrée primordiale se trouvait gouvernée par un feu brûlant prêt à terrasser tous ceux qui franchiraient les limites frontalières n’obéissant pas à l’ordre établi par Maât. Plus tard, lorsque j’eus fini de réparer la toiture, Houni, me demanda de le suivre, car il désirait que je fabrique une porte pour un petit naos de granit noir taillé en un seul bloc surmonté d’un pyramidion. Surpris, mais heureux d’avoir cet emploi, je le suivis. Le monument de taille moyenne présente une face s’ouvrant sur une niche afin d’y déposer la statue de la divinité. Il forme ainsi une chapelle dont la face creuse, se ferme par une porte en bois qui avait disparu. Les textes gravés sur les parois extérieures du naos racontent un très ancien mythe égyptien dont Houni se souvint de quelques détails, dont celui des travaux des dieux Chou et de son fils Geb, dans la partie orientale du Delta, ainsi que leur combat contre les enfants du dieu serpent, Apophis. Le naos représentait un rempart au mal pouvant atteindre l’Égypte. Je compris qu’un temple avait sa place en cette extrémité des terres de l’Est. Ce naos était comme une forteresse du haut de la butte. Il venait compléter toute une armée de divinités censées protéger cette partie du pays constamment agressée par les rebelles arrivant de la montagne de l’Orient. Les révélations d’Houni me permirent de faire connaissance avec le mode religieux de ce pays. Peut-être cela nous aidera-t-il à mieux nous intégrer que de comprendre comment le peuple qui nous accueille avait appris à penser. "


— La magie est la première reine de l’Égypte, répondit Ouma. Saint-Joseph évoque l’est du delta qui doit se protéger des étrangers. Toute l’Égypte a été divisée très tôt en territoire appelé nome ayant un nom et un numéro de classement. On y bâtissait une capitale avec son fonctionnaire responsable, le futur grand Seigneur, organisant le quotidien du peuple et celui des bêtes domestiquées et rendant compte à l’administration centrale de pharaon. On pouvait identifier le nome, par la représentation de l’emblème posé sur un support : un homme, un animal, un objet identifiant une relation avec ce que l’homme voit, vit ou ressent ou désire voir, vivre ou ressentir. Le mythe n’est pas loin.

— La région d’El Arish appartenait à quel nome ?


— La région, reprit Ouma en fronçant les sourcils, fait partie du vingtième nome de la Basse-Égypte. Elle était sous la protection de la divinité Sopdou, le faucon représenté momifié sur un lit. Il était le gardien de la pointe nord-est du Delta. Il surveillait avec vigilance les voisins asiatiques qui osaient s’aventurer sur la terre sacrée. Il protégeait les expéditions en partance pour le Sinaï. Avec ses deux plumes sur la tête, il devint Shou, dieu de l’air, ramenant ceux qui se sont égarés.

— Ouma, comment sais-tu les vieilles histoires ?

— Les histoires, les mythes finissent par se perdre, mais en Égypte les femmes aiment les raconter encore et encore à leurs enfants. Il suffit d’écouter, c’est la base de l’éducation. Pendant que tu recopies ce passage sur El Arish, je vais aller m’occuper des poules. Il ne faudrait pas oublier les travaux du jardin. »


Retrouver toute l'histoire dans le roman historique "La lampe cachée du Nil", de Sylvie Bauche. https://www.sylvie-bauche.com/livres





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