• Sylvie Bauche

1ere période intermédiaire : du changement pour les canidés !




Si la conception de l’Horus depuis la III dynastie et de fils de Rê de la V dynastie avaient assis sur le trône un roi légitime de conception divine appartenant à une maison reconnue et soutenue par le clergé, la fin de la VI dynastie à l’ancien Empire va voir se multiplier des familles dominantes enrichies par la distribution de terre, prérogative devenue héréditaire. Certaines de ces familles deviennent des féodalités sur le territoire dominant une région au nom de sa richesse, mais aussi par l’importance de leur statut au sein de l’administration : responsable juridique, économique, militaire et religieux. Les clans familiaux se resserrent autour du personnage principal dont la fonction de pharaon semble plus facilement accessible. Ces hauts fonctionnaires apporteront quelques changements dans les fondements de la civilisation égyptienne, mais ils ne l’empêcheront pas d’évoluer. Et rappelons que la notion de période intermédiaire n’est historiquement pas recevable : toute période étant un lien entre deux états d’une civilisation. Les Égyptiens n’ont pas considéré cette époque comme une rupture dans leur histoire. L’Égypte est en quelque sorte démembrée au terme de l’affaiblissement du pouvoir de Memphis et de l’affirmation du principe de transmission héréditaire, processus aggravé par des changements climatiques.

Le principal changement se fait dans les rapports établis entre le pouvoir central et la base locale par le renforcement du pouvoir des vizirs, le remodelage des circonscriptions administratives, la création de gouvernorats, la liberté d’expression littéraire et artistique. Il se forme une vision pessimiste du monde qui nourrira la pensée des lettrés et de la culture, mais aussi il s’opère une démocratisation des croyances funéraires en ce sens que la destinée solaire post mortem, privilège de pharaon, devient abordable par des particuliers. Les textes qui vont l’illustrer seront les fameux textes des sarcophages issus du corpus des livres des pyramides.


Les couches sociales les plus basses ne verront pas de changements si ce n’est une ouverture sur les rites religieux d’Abydos devenus doublement importants. Il est le centre religieux d’Osiris. Adopté par les nomarques qui ont ainsi la possibilité de mettre le culte funéraire à leur portée en renvoyant l’image de la conscience de l’homme. Le tribunal d’Osiris juge les actes des défunts. Dans ces périodes d’affrontement où chacun veut le territoire de l’autre tout en gardant bonne conscience, il y a là une recherche importante : celle du retour de Mâat. C’est-à-dire la fin du chaos.


D’autre part les pistes vers les oasis passent par le nome Thinite. Abydos devient donc une voie de communication, une ouverture importante pour les relations avec le nord de la Nubie. Antef II mettra en place des fortins le long des pistes pour couper l’action des nomarques du nord qui cherchaient à s’allier au Nubien. De plus, Abydos est le siège du gouverneur en tant que siège de la Qénebet, c’est-à-dire le lieu où l’on rendait la justice. Donc un lieu stratégique qui avait pouvoir de donner des avis sur les affaires locales pour diriger les villages et leurs intendants.



Antef II est représenté sur une stèle dans sa tombe avec ses chiens qui portent des noms berbères/Behekai, l’oryx ; Abeker, le lévrier, Pehetes, le noiraud, Teker, le chaudron brûlant et Tekenrou.


Les chiens étaient appréciés pour la chasse, mais aussi pour la guerre. Ce sont les compagnons des nomarques de la 1E Première Période Intermédiaire. Peut-être une mode dont l’enjeu était d’avoir les plus fins, les plus rapides lévriers. L’inhumation soignée de ces animaux montre l’attachement singulier dont ils faisaient l’objet. On est habitué à la momification d’animaux dans la religion égyptienne, mais là il n’y a pas trace de rituel seulement de rapport entre l’homme et le canidé.


Dans la mesure où l’image du roi n’est plus celle du protecteur, où le gouverneur n’est plus l’Ami unique, on pourrait peut être orienté les recherches sur l’image du compagnon fidèle, rassurant, protégeant qui entrerait très bien dans cette période de trouble qui a laissé s’installer le pessimisme.


Un personnage n’est plus représenté suivant des rapports formels comme un modèle mathématique qui se trouve derrière une forme, le spectateur est invité à participer à la narration. Il faut lire la représentation, déplacer le regard sur tous les éléments d’une composition.

Des ateliers locaux se sont constitués en province conférant à la statuaire privée une plus grande variété.

Un nouveau style est né : les traits de visage des hommes politiques sont durs ; les figures royales reflètent la nouvelle idéologie monarchique celle issue d’une royauté qui se fait par la force et qui se sait menacée et périssable tel le berger des chiens MontouhotepIV.

Education Egypte Découverte, extrait cours sur l'introduction au Moyen Empire


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